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L’Arakan

 


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NUESTRO HOTEL EN YANGON © Javier Martin Espartosa

De mercenaires portugais en marchands indiens, aux marches de l’Inde et pratiquement coupé du centre de la Birmanie, l’Arakan s’est bâti comme une place forte aux remparts naturels, entre montagnes et rivières. Nouvelle destination touristique depuis que l’avion puis, en l’an 2000, la route l’ont quelque peu désenclavé, l’Arakan demeure mal connu : même si la région s’est « rapprochée » de Rangoon, seuls la visitent ceux qui restent au moins trois semaines dans le pays.
Les nostalgiques continuent de l’approcher comme jadis : par une semaine de bus dans les montagnes et de bateau-cargo sur les eaux du Bengale…

Inter titreL’Arakan des capitales anciennes

Sittwe
Accès par la route possible en saison sèche seulement (d’octobre à mai).
On ne reste souvent que quelques heures, une journée au plus à Sittwe, le temps qu’arrive le bateau pour Mrauk-U. En quelques heures pourtant, la capitale administrative de l’Arakan donne la mesure de ses différences d’avec les autres régions : ses habitants ont un type indien nettement plus marqué ; les paya deviennent praya : l’accent se fait plus rugueux et les « r » roulent là où ils ne sont ailleurs que de pâles « y » ; dans la ville, on aperçoit les murs vert pastel de la mosquée avant les stupas des pagodes, tandis que les longyi des femmes se parent de couleurs plus vives.

Suivez le guide !
Pour prendre l’ambiance de Sittwe, rendez-vous au marché aux poissons : frais pêchés, de toutes tailles et de toutes couleurs, séchés et pilés ou en montagnes de saumure, l’expérience est autant visuelle qu’olfactive !

Temples-forteresses de Mrauk-U
Compter entre 4 et 8 h de navigation sur la rivière Kaladan, depuis Sittwe, selon la saison. Se couvrir : départ au petit matin, et vent très frais sur la rivière. Entrée payante pour l’ensemble de la zone archéologique. Se déchausser devant l’enceinte de chaque monument.
Si Mrauk-U fut fondéee au XVe siècle, le XVIe siècle consacra son âge d’or, avec le règne de Min Razagri. Plus tard, même lorsque les Britanniques lui préférèrent Sittwe comme capitale régionale, le prestige et la gloire de Mrauk-U restèrent inégalés dans l’Arakan.
Aujourd’hui, Mrauk-U abrite encore plusieurs dizaines de fondations religieuses en bon état de conservation. Au petit matin, les bœufs attelés s’en vont vers le travail des champs ; des jeunes filles portant sur la hanche une jarre métallique se dirigent vers le puits le plus proche : comme à Pagan jusqu’au déménagement forcé de 1990, la population de Mrauk-U continue à vivre parmi les temples.

Shittaung, le temple de 80 000 Bouddhas
Prévoir une donation pour l’électricité.
Ses murs épais en grès noir, ses couloirs labyrinthiques, ses salles où seules de rares et étroites fenêtres ouvrent sur l’extérieur sont caractéristiques du style de Mrauk-U et marquent nettement la différence avec les briques rouges et les formes plus élancées de Pagan. Forteresse pour protéger le roi et sa Cour en cas d’offensive étrangère ? Salles de méditation volontairement retirées du monde ? Les historiens penchent aujourd’hui pour la seconde hypothèse.
Shittaung, le « temple des 80 000 bouddhas », reste le plus imposant des temples de Mrauk-U, malgré une restauration désastreuse qui a couvert de ciment ses stupas extérieurs. Il abrite dans l’un de ses trois couloirs des bas-reliefs peints de toute beauté, mêlant iconographies hindouiste (animaux, dieu-éléphant Ganesh) et bouddhiste (vies antérieures du Bouddha).
Sur le pourtour extérieur des terrasses, des médaillons sculptés de figures érotiques, décor rarissime en Birmanie, témoignent des influences du tantrisme sur la civilisation arakanaise du XVIe siècle.

Dukhan Thein
Avec ses terrasses massives et ses stupas en cloche, le temple (c’est plus précisément une salle d’ordination, thein, de proportions inhabituelles) a des allures de forteresse noire. A l’intérieur, des couloirs allant décroissant, en spirale, éclairés de loin en loin par de petites fenêtres, mènent à une vaste salle de méditation. L’une des salles secondaires abrite 64 statues arborant chacune l’un des 64 types de coiffure arakanais.

Les Manaung, temples de la Victoire
Les Cinq Pagodes de la Victoire furent élevées sous le règne de Thirithu Dhamma, au milieu du XVIIe siècle. Les interprétations divergent quant à leur signification. Pour les historiens « positivistes », elles célèbrent les divers succès qui permirent à Thirithu Dhamma de conduire la civilisation de Mrauk-U à son apogée. Les tenants d’une interprétation plus strictement religieuse affirment, eux, que la Victoire n’est autre que celle du Bouddha sur Mara le Vert, le démon tentateur qui essaya en vain de le détourner des voies de la sagesse. Les cinq Manaung adoptent tous la même forme : sur une terrasse octogonale se dresse une tour effilée en pointe, de silhouette très pure. Ils sont entourés, à leur base, de curieux cochons d’Inde, animal tutélaire du roi, né un vendredi, qui ont plutôt des airs de lions que de rongeurs. Faire en un seul jour le pèlerinage aux cinq Victoires (Jina, Sakya, Mogwa, Loka et Yadana Manaung) de Mrauk-U est, pour les bouddhistes, source de grands mérites.

Suivez le guide !
Au pied du temple Dukhan Thein se tient, pour la pleine lune de mai, le plus grand festival de pagodes de Mrauk-U.

Ratanabon
Le grand stupa fut doublement endommagé, par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale et par les chasseurs de trésor. L’escalier découvert qui monte au sommet est interdit aux femmes, en vertu d’une vieille croyance selon laquelle tout être féminin qui se jucherait au-dessus des reliques ferait perdre à celles-ci leur pouvoir bénéfique.

Temple à la Vaisselle-de-Couleur
Laug-Bong-Pyauk est entouré d’un mur d’enceinte où sont incrustées des plaques émaillées bleues, vertes, orange, adoptant des formes de fleurs aux larges pétales. Ces rehauts de couleur sont uniques parmi les teintes grises et noires qui caractérisent les pierres de Mrauk-U.

Pithaka Taik et Anoma 
Destinée à abriter des copies des livres sacrés (Tripitaka) du bouddhisme rapportées de l’île de Ceylan, la bibliothèque, de la fin du XVIe siècle, montre une belle façade richement ornementée.
En face, sous un auvent de tôle palliant l’absence de temple – l’édifice ayant été détruit au fil des siècles -, le grand bouddha assis d’Anoma trône sur un socle finement sculpté, où l’on reconnaît Thatgyiamin, le roi des 37 nats du mont Popa, et Vasundhari, une divinité de la Terre d’origine indienne.

Kothaung
Le temple des 90 000 images fut érigé à la fin du XVIe siècle par le fils de Min Bong (1531-1553), qui voulait surpasser l’œuvre de son père, bâtisseur du temple des 80 000 bouddhas (Shittaung). Avec ses innombrables pagodons régulièrement étagés sur les terrasses extérieures, c’est, de tout le site, celui qui fait le plus penser au temple-cité de Borobudur, en Indonésie. Si le nombre exact des effigies ne fut pas vérifié, les murs sont incrustés, de bas en haut, de bouddhas de toute taille, abrités dans des niches creusées dans les parois.

Suivez le guide !
Le Prince Guesthouse organise des excursions vers les villages chin des environs, dont les femmes arborent sur tout le visage de magnifiques tatouages.

Lacs-réservoirs
Les lacs artificiels aménagés au sud de la ville devaient fournir à la cité ancienne de l’eau potable, mais ils faisaient également partie de son système de défense, au même titre que les remparts que l’on devine encore ici et là sous la végétation. Un système d’écluses avait en effet été conçu pour que l’on puisse libérer les eaux sur d’éventuels assaillants afin qu’ils périssent noyés.
Les petites collines au bord du lac offrent un endroit idéal pour bénéficier des reflets du crépuscule sur l’eau, à l’heure où les femmes viennent laver le linge.

Vesali, à l’aube de l’Arakan
A 10 km au nord de Mrauk-U.
Le site archéologique fut la capitale du royaume d’Arakan, vers le IVe siècle de notre ère. Hormis les anciens remparts de la cité et les vestiges du palais, Vesali attend encore les investigations des archéologues et le travail des historiens pour livrer ses secrets. Pour l’instant, les découvertes sont faites par les paysans au hasard des travaux des champs, et des statues et tablettes votives vieilles de 1 700 ans ornent… les maisons de bambou des habitants en guise de protection.

Dhanyawaddy
A 15 km au nord de Vesali.
Plus ancienne encore que Vesali, Dhanyawaddy fut la première capitale du royaume, au VIe siècle avant J.-C. Elle aurait été visitée de son vivant par le Bouddha, qui serait venu y porter sa parole au roi de l’époque. Le site reste entièrement à découvrir par les archéologues.

Kyauktaw
A 35 km au nord de Mrauk-U. La situation dans la région étant instable, vérifier au préalable, à la réception de l’hôtel, si l’accès requiert un permis des autorités.
C’est une pagode de douleur pour les Arakanais que celle de Kyauktaw : le bouddha Maha Myat Muni qu’elle abritait fut dérobé par Bodawpaya, et trône depuis 1785 dans la grande pagode de Mandalay. La statue, seul portrait véritable puisque le Bouddha en personne aurait posé pour le sculpteur, était réputée protéger leurs terres : depuis cette date, le royaume souverain qu’ était l’Arakan demeura inféodé, aux Birmans d’abord, maîtres du Haut Pays, aux dirigeants de Naypyidaw aujourd’hui.

Inter titreL’Arakan des plages

Accès difficile et baignade dangereuse en période de mousson (juin à septembre).
Côté plages se révèle l’autre visage de l’Arakan, moins austère, plus riant, jusque dans ses couleurs : aux pierres gris-noir des temples-forteresses de Mrauk-U succède un mélange étincelant de sable clair et d’eaux turquoise. Longtemps domaine réservé des élites du pays, qui s’y firent bâtir de somptueuses villas, les côtes du sud de l’Arakan ont vu se construire, depuis quelques années à peine, des hôtels habilités à recevoir les étrangers. On appréciera quelques jours de farniente et de détente après un voyage où, en attendant que se développe un tourisme de nature, temples et pagodes constituent l’essentiel du programme des visites.

Au carrefour : Thandwe et Taung-up
Connue pour son passé britannique, lorsqu’elle se nommait Sandoway (appellation que l’on retrouve dans les noms des hôtels), Thandwe était, au XIXe siècle, un important port de commerce avec les Indes.
Là où la route est stoppée par la baie du Bengale, Taung-up a ce visage fascinant des bords du monde : on est là pour en partir, on n’est là que pour aller ailleurs. Il n’y a rien à faire d’autre qu’attendre. C’est à Taung-up qu’arrivent les bus en provenance de Rangoon via Pyay. De là, ceux qui aiment l’aventure et ont le temps devant eux pourront attendre le prochain cargo qui, en un jour et deux nuits de navigation, les débarquera à Sittwe, ou s’entasser dans un pickup faisant office de bus local, avec les poules, le poisson séché et les sacs de riz, pour gagner les plages du sud.

Ngapali
A 3 h de route de Taung-up ; à 30 min de Thandwe.
Ngapali est, de l’avis de tous, la plus belle des plages de Birmanie actuellement accessibles : une eau limpide, dont la température est si douce que l’on n’hésite pas à se réveiller avant l’aube pour admirer le lever du soleil… en faisant la planche ! On trouve peu de corail en branche : la plupart des massifs sont formés de « patates de corail » blanches, roses, brunes ou vertes, aux formes arrondies, dont la surface est creusée de milliers de petites alvéoles imbriquées.
Les hôtels sont tous regroupés sur une plage de sable fin longue d’environ 2 km. A moins de 20 min de marche, on arrive à des villages de pêcheurs, où, vers 10 h du matin, on assiste au retour des bateaux de pêche. On passe au restaurant dans la journée pour commander ou « réserver » son poisson ou sa langouste.

Kanthayar
A 6 h de route de Thandwe. Fermé durant la mousson (de mai à octobre).
Moins connue que celle de Ngapali, la plage de Kanthayar a l’avantage d’être moins fréquentée, car plus difficile d’accès. Elle offre des charmes similaires : limpidité et tiédeur de ses eaux, finesse du sable de ses longues plages et délices de poissons et de fruits de mer proposés par toutes les gargotes en bord de route. Au retour de la pêche, les hommes halent sur le sable des barques de bois munies d’un bruyant moteur. En les attendant, les femmes ont étendu, à la lisière entre plage et végétation, des bâches de plastique bleu : elles y étalent, pour les faire sécher au soleil, calamars et poissons de taille trop petite pour les restaurants ou l’exportation et destinés à la consommation locale.

Suivez le guide !
Partez acheter directement poisson ou langouste dans le village de pêcheurs proche de la plage de Kanthayar, et amenez-le au restaurant pour le faire cuisiner : la saveur en sera encore meilleure !