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Se déplacer de ville en ville

L’Etat shan : Kyaingtong, Toungoo, la Route de la Chine


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Gokteik Viaduct © lacest20

Inter titreVers le Triangle d’or : Kyaingtong

A 460 km au nord-est de Taunggyi. Accès soumis à autorisation militaire moyennant paiement. Les routes ne sont pas toujours sûres (brigandage).
Entourant un beau lac naturel, les rues de Kyaingtong font alterner pagodes et vieilles façades coloniales, témoins de la présence britannique à la fin du XIXe siècle. Majoritairement shan, la ville est environnée de villages lahu, akha et wa – ces derniers étant connus sur la scène internationale pour leur participation à l’exploitation et à la vente d’opium en provenance du Triangle d’or.
En effet, sous ses airs charmants de petite ville endormie, Kyaingtong cache une redoutable puissance : la triple frontière Birmanie-Thaïlande-Laos, cœur du tristement célèbre Triangle d’or, est à 160 km au sud, et la Chine à 90 km au nord. Voie royale vers les champs de pavot, la route mal pavée de Kyaingtong regarde passer les caravanes d’opium à destination de la Chine et de la Thaïlande, d’où, raffiné en héroïne, le fruit des graines de poppy prend le bateau pour Hong-Kong, l’Europe et les Etats-Unis.
Ironiquement, c’est Rangoon qui accueillit, en l’an 2000, le sommet d’Interpol pour la lutte contre les narcotiques, alors que la Birmanie dispute à l’Afghanistan la place de premier fournisseur mondial en opiacés.

Petite histoire de l’opium

Connu en Mésopotamie dès le IVe millénaire avant J.-C., le pavot (Papaver somniferum) est vanté par le Grec Hippocrate pour ses vertus médicinales. C’est pourtant en Extrême-Orient, où des Portugais, puis des Hollandais, l’ont acclimaté, qu’il est amené à gagner une notoriété internationale. Au XVIIIe siècle, l’Angleterre contrôle les routes commerciales entre les Indes et la Chine, et l’opiomanie fait fureur parmi l’élite intellectuelle de Londres. Aussi, lorsque, en 1840, l’empereur du Milieu, hostile à la consommation de l’opium, traque les trafiquants, les Anglais déclenchent-ils la première guerre de l’opium. Le Triangle d’or fournit alors l’essentiel de l’opium destiné à la consommation européenne. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que l’on se rend compte des effets désastreux des opiacés et de leurs dérivés, morphine et héroïne. La logique commerciale s’inverse alors : oubliant leurs anciennes réticences, les Asiatiques reprennent en main la production et la vente de l’opium, tandis que l’Occident entreprend de combattre ses stupéfiantes amours passées.

Inter titreVers Rangoon : Toungoo

A 280 km au nord de Rangoon.
C’est le meilleur endroit pour une étape d’une nuit sur la route de Mandalay. Ville de taille moyenne vivant du commerce du teck exploité sur la chaîne montagneuse des Bago Yoma, Toungoo fut pourtant la capitale durant la dynastie de Konbaung, de sa fondation, en 1510, jusqu’en 1636, date à laquelle Inwa, près de Mandalay, la remplaça. De ses fastes anciens, seuls demeurent visibles les restes des remparts et des douves protégeant la cité. Deux pagodes (entrée libre) offrent des oasis de calme à quelques rues du marché central : Shwenandaw, petite sœur de la Shwedagon de Rangoon, et Myazigon, où sont peints les portraits des anciens rois de la ville. Les murs bleu pastel des mosquées, une église baptiste à l’entrée de la ville, les façades surchargées de divinités d’un temple hindou : Toungoo porte dans son architecture les marques d’une sereine cohabitation des communautés religieuses, autant que les traces des courants migratoires qui en jalonnèrent l’histoire.

Sein Yay : le camp des éléphants
A 35 km à l’ouest de Toungoo, sur la route de Pyay ; 2 à 3 h en 4 x 4.
Au cœur de l’immense forêt de teck qui couvre les pentes des Bago Yoma, au bord de la rivière Sein Yay, se trouve le camp des éléphants. Tout à la fois seigneurs et serfs de la forêts, les éléphants ont été apprivoisés et dressés à transporter les grumes, ce qu’ils font avec une remarquable précision. Après une journée de travail de 5 h, ils sont relâchés dans la forêt, où ils vivent en totale liberté.
L’oozie, à la fois maître, dresseur, cornac et fidèle compagnon de son éléphant parvient à diriger celui-ci comme un véritable engin de chantier.

Inter titreRoute de la Chine

Burma Road, côté chinois, et China Road, côté birman, font leur jonction à Mu-se. De construction récente, puisqu’elle date de l’occupation japonaise (1942), la route a permis de désenclaver l’est du pays, arpenté jusque-là surtout par les longues caravanes des marchands troquant rubis de Mogok contre soies et brocarts du Yunnan. Montant à quelque 1 000 m d’altitude, la route de la Chine traverse des terres fertiles : sur les collines poussent des orangers, des pamplemoussiers et des manguiers. De Pyin U Lwin à Lashio, les villes s’égrènent au long de la rivière Myit-nge.

Loikaw : l’hypocrisie touristique

Vantées comme trésor culturel du pays, les « femmes-girafes », des Padaung (sous-groupe de l’ethnie karen), sont en fait des esclaves de la junte. Déplacées de force de leurs villages d’origine, elles se sont vu contraindre de remettre au cou des anneaux de bronze, une coutume mutilatoire archaïque en voie de disparition qui a été remise à l’ordre du jour par les autorités : on paye cher pour aller les voir et les photographier à Loikaw, avec de vrais dollars qui tombent droit dans la poche des dirigeants. Par ailleurs, la prison de Loikaw accueille plusieurs dizaines de détenus d’opinion (pro-démocratie), dont de nombreux partisans de la NLD d’Aung San Suu Kyi. Le camp militaire et les routes alentour permettant l’accès des visiteurs sont entretenus par des enfants de 11 à 14 ans, déscolarisés et soumis au travail forcé. Sachant cela, on hésite à pénétrer dans la « zone d’accès restreint »…

Pyin U Lwin
A 65 km au nord-est de Mandalay.
Maymyo, la « ville de May », fut construite par les Britanniques lorsque, ayant annexé la haute Birmanie à l’Empire des Indes, ces derniers se prirent de nostalgie pour la fraîcheur de leur île. Le plateau shan offrait des températures moins caniculaires que la plaine sèche où ils avaient établi leurs quartiers : la vogue des stations climatiques se répandit alors, et le colonel May donna son nom à celle qu’il fit bâtir, à grand renfort de prisonniers de guerre, au début du XXe siècle et que l’on nomme déssormais Pyin U Lwin.
Malgré ses jolies calèches et ses fraises d’hiver, étonnantes sous ces latitudes, la ville actuelle, triste victime de son succès, est désormais tenue par une véritable « mafia » qui tente de tirer le maximum de profit de la manne touristique. Hôtels, transports, nourriture : tous les prix sont excessifs, et l’atmosphère s’en ressent.
La ville s’entoure pourtant de sites bucoliques, qui rendaient jadis le séjour charmant : de nombreuses cascades, dont certaines chutent sur plusieurs centaines de mètres de haut dans de petits bassins d’eau claire, et des grottes naturelles, dont la plupart ont été transformées en lieux de pèlerinage dédiés au Bouddha ou aux esprits protecteurs locaux.

Gokteik : le grand frisson
A 120 km au nord-est de Mandalay. Photos interdites.
Ouvrage d’art au plein sens du terme, le viaduc de Gokteik fut construit en 1900 par la compagnie américaine Pennsylvania & Cie pour permettre de franchir les profondes gorges qui entaillent la région sur plus de 1 000 m de dénivelé. C’est l’un des rares endroits du pays où le train (lent, cher et monopole d’Etat) est le mode de transport à privilégier : la vue sur et depuis le pont est extraordinaire, et, lorsque le train ralentit pour ne pas ébranler les structures de celui qui fut, à sa construction, le plus grand viaduc au monde, on se sent pris d’un frisson qu’aucune foire du Trône ne pourrait concurrencer…

Kyaukme
A 150 km au nord-est de Mandalay.
C’est là que les bus s’arrêtent pour décharger les marchandises venues de Mandalay et se remplir des biens à destination de la Chine : bois précieux, gemmes, fruits et légumes frais et… quelques substances peu légales, contre lesquels s’échangeront les merveilles de la technologie, postes de radio, tissus synthétiques ou médicaments « modernes ». Le marché du bourg donne une bonne vue d’ensemble de ces trocs.

A chacun selon son métier
Une petite faim ? « Mister Food » cuisine les meilleurs plats de Hsipaw, aux côtés de « Miss Noodle », experte ès soupes de nouilles pour le petit déjeuner. Envie de sucré ? « Mister Pancake » prépare de délicieuses crêpes aux bananes. De lire ? « Mister Book » tient éventaire en face de la pagode. Sommeil ? « Mister Kid » tient la chambre prête ! Ouverte au tourisme depuis 1996 seulement, Hsipaw a eu pitié de ces étrangers qui ne retenaient pas les noms de ses habitants, et toute la ville s’est dotée de « pseudonymes » en fonction de la spécialité de chacun. Au marché, voisin de « Miss Medecin », qui prépare et vend herbes et poudres à tout guérir, « Mister Bean » vend des haricots de toutes sortes et de toutes couleurs, très fier de son célébrissime homonyme anglais, dont il montre volontiers une photocopie couleur…

Suivez le guide !
Des aires sont aménagées sur les bords de la route qui monte vers Hsipaw : superbes panoramas sur les plaines et le fond des gorges où coule la Myit-nge !

Hsipaw
A 200 km au nord-est de Mandalay.
L’ambiance est ici infiniment plus chaleureuse qu’à Pyin U Lwin : établi sur les berges de la Myit-nge, le bourg s’articule autour d’une rue principale qui part de la tour de l’horloge. C’est là que résidait, jusqu’en 1962, le sawbaw (« Seigneur du ciel », c’est-à-dire prince) de l’Etat shan. La race des « Seigneurs du ciel » s’éteignit lorsque la junte militaire fit « disparaître » le dernier sawbaw, en 1962, et ouvrit les hostilités avec les mouvements séparatistes shans. De Hsipaw, des excursions sont possibles, en trekking ou en bateau, vers les villages palaung des environs.

Lashio en fête
A 280 km au nord-est de Mandalay.
Si Lashio, ville shan, est déjà à moitié chinoise par sa population, c’est pourtant son côté indien qui retient l’attention : au temple hindou, un festival en l’honneur de Shiva rassemble, à la pleine lune de février, tous les Népalis de Birmanie, descendants des fiers soldats gurkha qui accompagnaient l’armée britannique dans la lutte contre les Japonais, en 1942, et se fixèrent dans le pays. Chacun porte au front la « tika », la pastille de couleur, signe de purification. Durant deux jours et deux nuits se succèdent spectacles et festivités, concours de beauté – muscles masculins contre charme féminin -, danses népalies et prédictions des sadhous (ascètes hindous). Le festival est en effet, pour les Népalis, le plus important après celui de Pashupatinath (Népal). Au bas du temple, près de la voie ferrée où le train local amène des centaines de pèlerins, retentissent à chaque sifflement de locomotive des… cornemuses ! Le souvenir des régiments écossais de l’Empire des Indes est toujours vivace.

Suivez le guide !
Des sources d’eau chaude (à 5 km au nord de Lashio) vous détendront agréablement des longueurs du voyage.

Mu-se : déjà la Chine
A 520 km au nord-est de Mandalay.
La Chine est à quelques centaines de mètres à peine, avec Ruili, de l’autre côté de la rivière Shweli. C’est pour son ambiance de ville-frontière où tout se joue au troc que l’on se rend à Mu-se. Sur les marchés, tout s’échange : poupées Barbie contre bois de santal, vaisselle de plastique contre paniers de bambou, petit électroménager et radios à piles contre pierres semi-précieuses… Les « merveilles » venues de l’Est marquent le triomphe du plastique, et les produits locaux semblent, à côté, d’un autre siècle.