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Le Sud de la Birmanie

 


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Bago, Myanmar © Tanenhaus.

Tantôt ouvert, tantôt fermé aux étrangers selon l’humeur des dirigeants du pays, le sud de la Birmanie se laisse désirer. Des étapes parfois longues, des routes dont la mousson a emporté le goudron, des infrastructures d’accueil aléatoires : il faut souvent une âme d’aventurier pour poursuivre le voyage au sud de Mawlamyine… Mais quel régal pour les yeux quand on atteint les îles vierges des Mergui !

Inter titreGolfe de Mottama

Bago
A 85 km au nord-est de Rangoon ; 2 h de route. Droit d’entrée global pour les sites de la ville.
Cité ancienne édifiée sur la rivière du même nom, Bago trouve ses racines dans les mythes et légendes môn, dont les personnages revivent grâce aux statues et aux peintures murales de ses temples, mais aussi des autels privés de ses habitants. D’un point de vue plus historique, la région de l’ancienne Pegu compte de nombreuses fondations bouddhiques construites sur ordre du roi Dhammaceti, au XVe siècle.

Shwemawdaw
C’est l’une des quatre pagodes les plus sacrées du pays, et son stupa dépasse en hauteur celui de la Shwedagon de Rangoon, dont cette pagode reprend la forme et la structure. Deux cheveux du Bouddha historique auraient été ramenés d’Inde par Tapusa et Balika – ces mêmes marchands qui fondèrent Shwedagon.

Hinthagone 
A l’est de la colline de Shwemawdaw.

Sur Hinthagone, la colline de l’oiseau Hintha, se dressent deux statues à la mémoire des deux Hintha, symboles de beauté et de vertu, dont on dit qu’ils présidèrent au choix du site où devait s’élever Bago.

Mahazedi
Le « grand stupa » fut construit en 1560 par un roi birman, Bayinnaung, qui avait pris le contrôle de la ville môn. Il devait abriter la relique de la Dent du Bouddha, qui se trouvait au temple de Kandy, à Ceylan. En ce temps-là, on se déclarait de saintes guerres pour s’approprier des reliques : après moult vicissitudes auxquelles prirent part les Portugais et l’Eglise de Rome, la Dent parvint à Pegu, sanctifiant le combat de Bayinnaung… avant d’être à nouveau conquise et de reprendre son voyage vers Toungoo, puis vers Sagaing, au gré des très pieuses humeurs des souverains !

Pagode Shwe-hta-lyaung
A l’est de Bago.
Elle abrite un grand bouddha couché qui, s’il n’atteint pas les dimensions de celui de Rangoon (55 m contre 70), attire en revanche davantage de pèlerins. Lawkanatha, le musicien Gardien de l’Univers, veille sur le repos du Maître. La statue fut construite en l’an 994 sur ordre du roi Min Gadhipa, qui voulait par cet acte méritoire commémorer sa propre conversion à la parole du Bouddha. Min Gadhipa avait en effet passé de longues années dans l’adoration des idoles païennes, en l’honneur desquelles il faisait régulièrement pratiquer des sacrifices d’animaux, geste sacrilège s’il en est au regard de son peuple, bouddhiste, pour lequel porter atteinte à toute forme de vie représente le crime le plus odieux. La pagode fut rénovée au XVe siècle par Dhammaceti ; de belles peintures murales rappellent les épisodes de la vie et de la conversion de Gadhipa.

Les « zawgyi »
Kyaikhtiyo, comme le mont Popa et tous les lieux où l’on cueille des simples, est particulièrement apprécié des zawgyi, les alchimistes magiciens. C’est après de longues années d’ascèse et de méditation qu’un homme peut devenir zawgyi. Il change alors de visage et revêt les attributs qui l’identifient sur la scène du théâtre, longue robe rouge et bâton à la main. Le zawgyi a laissé derrière lui son ancienne enveloppe charnelle, qui rétrécit jusqu’à atteindre la taille d’un enfant de sept mois. Le corps meurt ensuite, et émet alors une douce odeur de banane ; celui qui y goûterait se trouverait investi d’une force physique hors du commun, et deviendrait invulnérable. Doué de pouvoirs surnaturels, le zawgyi vole dans les airs, marche sur les eaux et sous la terre. Sa longévité nouvellement acquise lui permet de traverser les siècles, sans qu’il perde jamais sa jeunesse ni sa vitalité.

Bouddha du célibat : Kyaik Pun
Village de Payathonzu, peu avant l’entrée dans Bago, quand on vient de Rangoon.

Quatre bouddhas gigantesques (ils font plus de 25 m de haut), assis dos à dos, rappellent la légende de ces quatre jeunes sœurs qui firent vœu de célibat et prédirent que, si l’une d’elle venait à rompre son vœu, la statue qu’elle vénérait se fracasserait. Ce qui arriva un jour : l’une se maria et le bouddha de l’Ouest s’effondra…

Shwegugyi
A côté de Kyaik Pun, avant Bago.
Le « grand caveau d’or » est une pagode construite sur le modèle de Bodhgaya, en Inde, le lieu où le Bouddha parvint à l’Eveil. Des monuments érigés à la gloire des sept premières semaines que le Bouddha vécut après avoir connu l’Eveil il reste des ruines que la végétation envahit de nouveau après chaque mousson. Chacune de ces semaines, l’Eveillé les passa dans un lieu différent, dont chacun marquait un épisode de sa quête : vies antérieures, naissance, victoire sur Mara, qui est la force du Mal, etc., dont on peut voir statues et peintures, soit sur le site, soit au département archéologique voisin.

Kyaikhtiyo, le rocher d’Or

A 220 km au sud de Rangoon (6 h de route) ; 135 km au sud de Bago (4 h de route). Entrée payante. Droit supplémentaire pour les photos.
Un énorme rocher recouvert de multiples couches de feuilles d’or se tient en équilibre sur le rebord d’une falaise, à 1 200 m d’altitude : c’est le spectacle incroyable que l’on découvre après une ascension (harassante !) sous le soleil. Maintenu en équilibre, expliquent très sérieusement les Birmans, par un cheveu du Bouddha coincé entre roc et sol, ce bloc de pierre aurait la forme du crâne d’un ermite qui vécut là dans les temps anciens.

Suivez le guide !
Sur le chemin du rocher d’Or, achetez le remède introuvable en Europe. Mal de foie, impuissance, toux chronique ? Peau de serpent, racine de bambou pilée pourraient faire des miracles…

Thaton
A 90 km au nord de Mawlamyine.
Thaton est l’une des rares villes à n’avoir pas changé de nom en 1989, au moment de la « myanmarisation » généralisée des toponymes. Aujourd’hui gros bourg paisible en pays Karen, Thaton fut la capitale des Môn du Vee au Xe siècle. La ville se targue d’avoir reçu la visite du Bouddha en personne. La région est hérissée de collines de calcaire dénudées, qui confèrent aux paysages des allures fantasmagoriques.

Suivez le guide !
Thaton vend les plus beaux longyi karen du pays : de sobres motifs sont brodés sur un tissu de coton noir ou aux couleurs vives dans tous les tons.

Hpa-an
A 50 km à l’est de Thaton.
Au pied des collines, une nouvelle pagode joue la démesure du nombre : 1 200 statues de Bouddha, en robe rouge à gauche de la route, jaune à droite, sont assises dans un alignement parfait. L’ensemble s’étend sur plusieurs centaines de mètres carrés, y compris sur le flanc de la colline.

Monastère de Thamanyia
La capitale de l’Etat karen abrite le célèbre monastère de Thamanyia, longtemps dirigé par le charismatique Sayadaw, « le Vénérable », l’un des moines bouddhistes les plus respectés dans le pays pour son autorité spirituelle. Son engagement moral en faveur de la démocratie, son soutien à la cause d’Aung San Suu Syi et à celle de la rébellion karen lui valurent un immense succès populaire. Décédé fin 2003 à l’âge de 93 ans, il aura incarné la résistance sans faille au régime militaire, et fait souffler comme un vent d’espoir sur la montagne de Thamanyia.

Mawlamyine

A 350 km au sud-est de Rangoon ; 9 à 10 h de bus depuis Rangoon.
L’ex-Moulmein est une pure création britannique, datant du premier conflit qui opposa les Birmans aux « longs nez » (les Occidentaux). Au sud de l’estuaire du fleuve Thanlwin, la ville était idéalement située pour exporter le teck des forêts voisines vers l’Europe. Les Britanniques en avaient fait leur quartier général administratif, avant de s’installer à Rangoon, une fois la totalité du pays conquise.

Yadana Bommyint
Sur le collines de la ville. Ouvert de 10 h à 16 h. Entrée payante.
Protégé de l’extérieur par une architecture maçonnée, ce monastère de bois, tout de plafonds à caissons et de sculptures de teck, est l’un des rares à avoir échappé aux incendies, avec ceux de Mandalay, dont il a adopté le style. Il fut en effet construit à la demande d’une épouse du roi Mindon, le souverain bâtisseur de Mandalay, qui se languissait de son ancienne capitale. Le monastère abriterait lui aussi, selon la croyance populaire, des reliques venues de Ceylan, et en particulier une réplique de la Dent du Bouddha de la taille d’une canine… de tigre.

Iles : Shampoo Island et Bilu Island 
A 10 min (Shampoo Island) et 40 min (Bilu Island) en barque.

C’est sur l’île du Lavage-des-Cheveux que le roi baignait sa chevelure, une fois l’an, dans l’eau d’une source qui ne devait servir qu’à cet usage. L’île entière est aujourd’hui un monastère bouddhique.
L’île de l’Ogre, beaucoup plus grande que sa voisine, puisqu’elle fait près de 30 km de long, ne recèle aucun monument d’exception, mais offre l’occasion d’agréables balades en calèche, parmi la soixantaine de villages môn et chinois qui s’y éparpillent.

Nostalgies tropicales

La Moulmein chantée par Rudyard Kipling dans son poème On the Road to Mandalay évoque une nostalgie que l’on retrouve dès que l’on s’éloigne du grand marché et de l’animation du port. Le XIXe siècle finissant, où le héros de Kipling, soldat fasciné par une jeune et belle Birmane fumant le cheroot (le cigare birman), attendait son bateau pour remonter l’Ayeyarwaddy jusqu’au centre du pays, resurgit alors : entre façades victoriennes décrépies et vieilles maisons, boutiques chinoises ou indiennes, sous une brise marine encore trop lourde au crépuscule et le frémissement des palmes de cocotiers, le regard porte sur les collines alentour, couronnées de pagodes blanches ou perdant leurs ors. La civilisation moderne s’estompe, et l’on se sent brusquement transporté un siècle plus tôt.

Au sud de Mawlamyine

Kyaikmaraw
A 25 km au sud-est de Mawlamyine.
Le Bouddha se trouve au cœur d’une pagode creuse, dont l’intérieur est couvert de bris de miroirs formant une mosaïque. L’ensemble date du XVe siècle et aurait été érigé à la demande de Sin Saw Pu, cette reine qui offrit son poids d’or au stupa de la Shwedagon.

Thanbyuzayat : souvenirs de la rivière Kwaï 
A 65 km au sud de Mawlamyine.
Au cimetière militaire de Thanbyuzayat reposent les prisonniers de guerre à qui les Japonais imposèrent, en 1942, la construction du pont sur la rivière Kwaï, dont le roman de Pierre Boulle, puis le cinéma, immortalisèrent l’enfer. Ils sont plus de 15 000, Américains, Anglais, Australiens, Français, et près de 100 000 coolies (porteurs et ouvriers birmans, thaïs, mais aussi malais ou indonésiens) à avoir péri dans « l’enfer vert » à la frontière thaïe, pour ce projet démentiel de voie ferrée qui devait relier Tak, en Thaïlande, à Ye, en Birmanie, après avoir franchi le col des Trois-Pagodes, frontière entre les deux pays. Joliment fleuri, ombragé par les frangipaniers, le cimetière est parfaitement entretenu par le Commonwealth.

Plage de Setse
A 75 km au sud de Mawlamyine.
Accès aléatoire pour les étrangers.

Elle offre une pause agréable après la visite des monuments de la région. Longue de plusieurs kilomètres, cette plage de sable à l’ombre des cocotiers, plus fréquentée par les Birmans que par les étrangers, plaira à ceux que des conditions de vie rustiques n’effraient pas. Langoustes et crevettes servies dans les gargotes de la plage feraient presque oublier l’aspect plus que rudimentaire de l’hébergement et des commodités !

Kyaikkami : une pagode à marée basse

A 95 km au sud de Mawlamyine.
L’ancienne Amherst vit le jour comme station balnéaire, aménagée par les colons britanniques pour échapper au « stress urbain » de Mawlamyine, où ils tenaient leurs activités de commerce, essentiellement l’exportation du bois de teck. Elle se visite aujourd’hui pour sa Yele Paya, sa « pagode sur l’eau », à laquelle on ne peut accéder qu’à marée basse. Sur une plage hérissée de rochers noirs, Gautama, le Bouddha historique, protégé par un Naga, moitié dragon, moitié serpent des mers, converse avec ses trois prédécesseurs, les bouddhas du passé.

Suivez le guide !
Pour une escapade nature, partez explorer les collines qui entourent Mudon : forêts habitées de cerfs pour oublier quelques heures les forêts de pagodes !

Inter titreLe Tanintharyi

La longue bande côtière baignée à l’ouest par la mer d’Andaman, fermée à l’est par la frontière thaïlandaise, est encore peu fréquentée. On y rencontrera une Birmanie qui semble avoir vingt ans de retard sur Rangoon ou Mandalay. Avant toute excursion dans le Tanintharyi (anciennement Tenasserim), il faut vérifier qu’un permis spécial n’est pas requis ; on ne peut en effet se le procurer qu’à Rangoon. De même, il faut s’assurer que les routes sont autorisées aux étrangers : il arrive que le seul moyen d’accéder à Dawei ou à Myeik soit l’avion.

Dawei
A 270 km au sud de Mawlamyine. Avion ou bus depuis Mawlamyine. Pour le bus et les voitures particulières, vérifier les autorisations de circulation, sujettes à modification.
La Tavoy des Britanniques, devenue Dawei en 1989, attire pour l’instant les ingénieurs du groupe pétrolier Total plus que les visiteurs. Ses plages sont pourtant réputées, auprès des Birmans, pour être les plus belles du pays. Le tourisme balnéaire n’attend qu’une stabilisation des autorisations d’accès dans la région pour se développer ; il pourrait alors aisément rivaliser avec les prestations qu’offre sa voisine thaïe, la surpopulation en moins.

Myeik
A 190 km au sud de Dawei. Vérifier avant de quitter Rangoon si un permis d’accès des autorités est exigé. Avion depuis Rangoon.
Encore connue sous le nom de Mergui, la ville de Myeik s’alanguit sur la mer d’Andaman, assoupie sur son passé de port de commerce avec les Indes. Hormis quelques pagodes à visiter aux abords de la ville, il n’y a rien à faire dans cet ancien comptoir portugais qu’à y respirer l’atmosphère d’une cité portuaire sur le retour – et c’est ce qui fait son charme. Façades coloniales mangées de mousse, Myeik est restée telle que Norman Lewis l’a décrite, en 1951, dans Terre d’or.Les nids d’hirondelle, collectés par des jeunes gens qui ne craignent pas d’escalader des échelles de bambou vertigineuses, se vendent à prix d’or sur le marché chinois.

Kawthaung
A 360 km au sud de Myeik. Avion depuis Rangoon, Dawei ou Myeik. Depuis Ranong, en Thaïlande, excursion d’un ou deux jours (par bateau).
Ville la plus méridionale du pays, ville-frontière entre deux pays, deux cultures, entre tiers monde et monde moderne, Kawthaung s’affiche sur ses marchés : la contrebande ne s’y cache guère, qui exhibe à la tentation populaire les merveilles de la richesse « à l’occidentale », montres à quartz et chaînes HiFi, « troquées » à prix de gemmes contre des rubis, du jade ou… de l’opium.

Les îles vierges des Mergui

Très peu explorées, les îles au large des côtes de Myeik (que l’on appelle tantôt archipel des Mergui, tantôt, abusivement, îles d’Andaman) recèlent un formidable potentiel écotouristique. Hormis quelques botanistes et zoologues chevronnés, seuls abordent à ses côtes les Gitans de la mer, qui viennent y faire relâche par temps de grain et y ramasser ce que les eaux d’Andaman ont pu laisser échouer sur le sable. Les îles recèlent une faune et une flore endémiques ayant pu survivre précisément grâce à cet isolement, et qui raviraient ornithologues en herbe et chercheurs de papillons. Par ailleurs, des fonds coralliens de toute beauté n’attendent que l’établissement d’infrastructures suffisantes pour accueillir les plongeurs. Dans une Birmanie qui attire aujourd’hui surtout les amoureux des pagodes et des forêts tropicales, cet archipel offre de très riches possibilités pour un autre type de tourisme.