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Le peuple Cham

Qui sont les Chams ?

Jeunes filles Cham - Vietnam © mckaysavage / flickr

Jeunes filles Cham – Vietnam © mckaysavage / flickr

Certainement issus de populations malayo-polynésiennes et indianisées vers 192 après J.-C., les Chams vivaient en marge de la domination chinoise à laquelle était soumis le Vietnam. Marins, pêcheurs, pirates pratiquant le commerce des épices et de la soie, exportant le bois d’aloès ou l’ivoire, ils connaissaient également parfaitement les techniques d’irrigation en terrasses.

Un voyageur chinois du IVe siècle les décrit avec « un type physique particulier : grand nez droit, cheveux noirs et frisés », pratiquant « un rituel funéraire qui comporte l’incinération au son d’un tambour ». On apprend que les ossements épargnés par le feu étaient jetés à la mer lorsqu’il s’agissait du Roi, à l’embouchure d’un fleuve pour un personnage de rang important et dans les eaux fluviales pour le commun des mortels.

Entre le IIIe et le Xe siècle, les Chams se livrèrent à des combats sans merci contre les Chinois. Suite à l’émergence de royaumes indépendants au Nord du pays, les populations qui constitueront la nation vietnamienne saccagèrent Mi-Son en 982. Une seconde capitale Vijaya fut transférée dans le Sud.

Les Chams eurent à lutter contre les Khmers en 1145 puis en 1177 alors que Angkor était détruite. Entre 1203 et 1220 sous le règne de Jayavarman VII (le bâtisseur de Angkor Thom), le Champa devint une province khmère puis passa entre les mains du Dai-Viêt (appellation du Vietnam) jusqu’au XVe siècle. C’est alors que commença le démantèlement de l’empire Cham et sa soumission à l’Islam dès le XIIe siècle.

Aujourd’hui, il ne reste que cent mille Chams ; ils constituent l’un des vingt grands groupes ethniques du pays. Leur langue qui s’écrit avec l’ancien alphabet sanskrit est en voie de disparition. L’immense empire qui régnait jadis n’est plus que la réunion de quelques villes et villages.

Un chef-d’œuvre de la sculpture Cham : le piédestal de Tra Kieu
A l’intérieur de l’enceinte qui protégeait l’une des capitales de l’ancien Champa se trouvait un piédestal orné de bas-reliefs. Il était surmonté d’un linga. Il fut transporté par les soins de H. Parmentier, en 1916, au musée Cham de Danang.

Il représente trois éléments ethniques : les Indiens débarqués, les Chams et des minorités. On peut résumer le thème iconographique de la façon suivante : un Brahmane armé d’un arc aborde un pays gouverné par une reine, il l’épouse et fonde une dynastie.

Sur une face du piédestal, apparaissent seize personnages : le Brahmane Kaundinya armé de l’arc magique ; à gauche, les Indiens transportant des matériaux de construction tandis que d’autres personnages (des Chams et des minorités) assistent à la scène en spectateurs.

Sur une autre face du piédestal, seize personnages portent le sampot (pagne) représentant la reine et sa cour. La souveraine avertie du débarquement des étrangers réunit son armée pour les repousser. La face suivante montre la soumission de la reine et de son armée. La dernière face représente les danses qui accompagnent les noces de la reine et du Brahmane.

Cette légende nous est fournie dans une série de récits répandus en Inde, en Chine et en Indochine selon lesquels la reine serait fille de poisson (Nagi, personnage mi-humain, mi-aquatique) et qui serait la grande déesse de Pô Nagar. Elle aurait fondé la dynastie des rois Chams après avoir créé le monde grâce à l’aide des dieux.

L’expansion de la culture indienne

La culture indienne s’est répandue en Indochine d’une manière très pacifique. Aux environs de l’ère chrétienne, la connaissance des vents de mousson intensifia le commerce maritime. Les principales régions côtières furent reliées entre elles et commerçants, moines, voyageurs purent s’installer dans cette région par l’intermédiaire de comptoirs commerciaux.

Les Indiens apportèrent aux autochtones leurs religions, le Brahmanisme et le Bouddhisme, une technique administrative et une doctrine politico-religieuse. L’indianisation fut également favorisée par des mariages mixtes. Comme l’explique M. Coèdes : « Dans beaucoup de cas, l’établissement d’un royaume de type indien s’est accompagné de l’établissement du culte d’une divinité indienne étroitement associée à la personne royale et symbolisant l’unité du royaume ».

Les fondements de l’art Cham

Les Chams n’avaient pas la même conception monumentale que les Khmers. Ils ignoraient la pyramide à degrés et la galerie. Leurs monuments religieux étaient liés au culte royal de l’Apothéose associée à celui de Devaraja (Dieu-Roi). L’essence royale y était confondue avec l’essence divine sous l’apparence du Linga (symbole du pouvoir créateur). Ainsi, Mi-Son était dédié au linga civaïste Badreçvara, fondé par le roi Bhadravarman Ier au Ve siècle.

Vestiges de Cham, Vietnam

Vestiges de Cham, Vietnam

Les monuments chams étaient tous construits en brique ; le grès était réservé aux pilastres, arcatures, frontons. La tour-sanctuaire, toujours carrée, se nommait kalan. Constituée de briques cuites, elle possédait son entrée à l’est, ses trois côtés étaient décorés de fausses portes. Les murs étaient garnis à la base et à l’entablement d’une décoration moulurée qui surmontait le portail. Le dôme était très élancé, en forme d’ogive bulbée avec plusieurs étages en retrait les uns sur les autres.

Le premier étage répétait les motifs et les proportions du rez-de-chaussée ; les trois autres étages répétaient le premier, avec aux angles, des motifs d’ailes de génies ou de bustes de femmes.

Le dôme primitif était plein, les Chams ne connaissaient pas le recouvrement en encorbellement, alors que les Khmers l’avaient employé à Angkor Vat.

L’ornementation se composait de motifs indiens : rinceaux, animaux, guerriers et Makara, monstre marin composite. Les ruines ont livré des bijoux de divinités : gorgerins, diadèmes, feuilles d’or, ainsi que des bronzes cultuels d’inspiration khmère.

Une légende court que le trésor des rois Chams aurait été emporté dans la montagne lors de la progression des troupes sino-mongoles en 1282. Il existait toujours lorsque les Annamites annexèrent le Champa en 1471.

Le Musée d’art Cham

Le Musée d’art Cham (ancien Musée Henri Parmentier). Ouvert de 8 h à 11 h 30 et de 13 h à 16 h 30.
Il a été construit en 1916 sous l’égide de l’Ecole Française d’Extrême-Orient. Sa visite est indispensable pour la connaissance de l’art Cham. Le musée contient environ 300 pièces exposées d’une façon chronologique. La visite commence par la salle de gauche (face à l’entrée) et s’effectue ensuite dans le sens des aiguilles d’une montre.

Salle 1 : Style de Mi-Son (VIIe-VIIIe siècle)
Royaume indianisé, le Champa (ou Campâ), apparaît sur la côte d’Annam, dès le IVe siècle. Les arts de l’Inde médiévale et de l’empire Khmer influencent les formes artistiques. A Mi-Son, apparaît la tour sanctuaire en brique tandis que linteaux, frontons et colonnettes sont taillées dans le grès et représentent un ensemble de sculptures d’inspiration shivaïte (ascètes, animaux, danseuses).

Salle 2 : Style de Khuong My (début Xe siècle)
Les raids indonésiens favorisent le Bouddhisme et renouvellent l’iconographie (influence de l’art Khmer de Koh-Ker pour le costume « sampot »). La statuaire est moins virile au profit d’une beauté plus réaliste.
Si les écoles du Sud sont proches de l’art Khmer, l’école du Nord subit l’influence de la Chine bouddhique par le plissé du vêtement monastique du Bouddha.

Salle 3 : Style de Dong Duông (IXe-Xe siècle)
Vers 850, les provinces du Nord retrouvent leur suprématie, durant un siècle et demi ; Indrapura sera alors la capitale du royaume. Dong-Duông réussit à apporter un style basé sur la grandeur plutôt que sur la beauté (influences indonésiennes et chinoises).

Salle 4 : Style de Tra Kieû (Xe siècle)
Les relations étroites entre le Nord de l’Annam et l’île de Java introduisent un art indo-javanais. Cet art sensuel est l’antithèse du style de Dong Duông. Avec le style de Mi Son, l’art de Tra-Kieû nous offre de nombreuses danseuses sculptées, en position fléchie, vêtues de sarongs très légers. Les animaux sont représentés avec un grand réalisme.

Danang - Musée d'Art Cham - Vietnam

Danang – Musée d’Art Cham – Vietnam

Salle 5 : Style de Thap Mam (XIIe au XIVe siècle)
Ce style devient décadent avec la tour sanctuaire de Pô Nagar (près de Nha Trang). L’influence Khmère sur l’architecture s’explique par les fréquentes invasions cambodgiennes au Champa et par les invasions des Chams au Cambodge en 1177. La sculpture présente une influence Annamite puisque vers l’an 1000, les Chams sont obligés de déplacer leur capitale Indrapura (Tra Kieu) vers Vijaya (Bin Dinh) au Sud. Le « fantastique surhumain » caractérise le décor et dans la sculpture apparaissent de grands animaux mythologiques (dragons-makaras). La sculpture tend à devenir un support d’éléments décoratifs et annonce déjà les dragons stylisés en terre cuite qui ornent les toitures.

Le décor « seins de femmes » se rencontre fréquemment et est signe de la fertilité. Un style plus tardif (du XIVe au XVIe siècle) se caractérisera par une stylisation des formes (reliefs s’appuyant sur des styles de forme triangulaire). Au XVIIe siècle, les derniers débris du brillant royaume de Champa tomberont un par un : Vijaya en 1471 ; puis Nha Trang et Phan Rang en 1653 ; le Bin-Thuan en 1697.

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